Né le 5 décembre 1925 à Souesmes, en Sologne, d'un père coiffeur et d'une mère patronne du café qui jouxtait la boutique, Jacques Dessange s'initie au métier dans le salon paternel. En 1945, après son certificat d'études, il monte à Paris, où il connaîtra un apprentissage difficile, avant d’entrer chez un coiffeur à la mode, Louis Gervais.
«Je me suis fait virer de douze salons avant d'entrer chez lui. Je savais bien couper les cheveux, mais pas coiffer, faire des chignons par exemple. C'est grâce à cette incompétence que j'ai inventé le coiffé décoiffé», aimait-il raconter, cinquante ans après ses débuts mouvementés. Son style ne s’est jamais démodé.
En 1954, il ouvre son premier salon, avenue Franklin-Roosevelt, tout près du rond-point des Champs-Elysées, s’attirant la sympathie des personnalités du cinéma en inventant le «coiffé-décoiffé». Des actrices comme Brigitte Bardot, Jean Seberg, Jeanne Moreau et bien d'autres passent entre ses mains expertes et le côtoient dans la vie mondaine. Il devient le coiffeur officiel du festival de Cannes.
Ses réalisations lui permettent d’accéder à une notoriété internationale. Il fait des shows à l'étranger, jusqu'en URSS, sous l'ère de Khrouchtchev. Dorénavant, il coiffe, non seulement des vedettes comme Liz Taylor, Marlene Dietrich ou Ava Gardner, mais aussi de jeunes chanteuses françaises très populaires comme Sylvie Vartan ou Sheila, à qui il coupe ses couettes.
Mais Jacques Dessange était aussi un habile homme d’affaires. En 1966, il lance sa propre marque, à son nom, dans une dizaine de salons, puis une vingtaine, avant de se diversifier dans des produits phytosanitaires, des écoles de formation, voire la fabrication de perruques. Mais sa grande réussite, ce sont les contrats de franchise.
En 1998, on dénombrera 254 salons «Jacques Dessange» en France. Il y en aura jusqu'à 500 à l'étranger. Le groupe exploite également d'autres réseaux de franchisés par le biais de deux marques réputées plus abordables, Camille Albane et Frédéric Moreno.
Conflits familiaux et évasion fiscale
Tout semble donc lui sourire. En 2004, cinquante ans après l'ouverture de son premier salon, le célèbre coiffeur passe la main à son second fils, Benjamin, né en 1967, même s'il garde des parts dans l'entreprise. Mais quatre ans plus tard, alors que la majorité du capital est cédée à un groupe financier, rien ne va plus.
En 2011, s’estimant évincé par son fils cadet, il publiera un opuscule d'une cinquantaine de pages, intitulé «Le complot», adressé aux franchisés et largement distribué sur Internet. La guerre est déclarée. L’année suivante, le groupe Dessange International ne parviendra pas à faire condamner le fondateur de l'entreprise pour dénigrement.
Le nom de Jacques Dessange a aussi été cité en 2015 par le Monde et des médias internationaux parmi les détenteurs de comptes non déclarés au fisc chez HSBC Suisse. Le célèbre coiffeur y aurait eu jusqu'à 1,6 million d'euros entre 2006 et 2007. Il aurait ensuite régularisé sa situation avec le fisc français en 2012.
Depuis de nombreuses années, Jacques Dessange s'adonnait à sa passion pour la peinture dans sa propriété de Sologne. Ce décès survient moins d'un an après celui de Jean-Louis David, l'autre coiffeur des stars et inventeur du dégradé, le 3 avril 2019 à l'âge de 85 ans, et Patrick Alès, à l’origine du procédé du brushing, en 1964, également disparu au printemps dernier, à 88 ans.
Avec l’AFP.
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