On m’a souvent reproché de faire du casting sauvage, en présentant mes collections sur des femmes repérées dans la vie de tous les jours. Or, la beauté est partout et, comme le disait justement Antoine de Saint Exupéry, il faut plus que les yeux pour la voir, il faut du cœur. Quand je fais du casting sauvage, c’est cette émotion que je recherche avant tout : c’est l’histoire d’un visage, d’une expression, d’une matière capillaire.
Je l’ai fait pendant vingt-deux ans, à raison de deux collections par an, et je n’y renoncerais pour rien au monde. Sous le prétexte qu’il faut vendre du rêve, le monde de la coiffure nous impose des icônes de beauté inaccessibles, parfois même en travaillant sur des perruques, avec des volumes impensables dans la vie courante Le rêve doit être présent, c’est entendu, mais il faut que ce rêve reste réaliste. Croyez-vous vraiment que nos clientes soient dupes, ou sottes au point de croire à certaines images ?
Au cours des années, j’ai pu démontrer sur scène à quel point il était facile d’éblouir mes confrères coiffeurs. Nous travaillons sur des mannequins professionnels, jolies, sélectionnées et préparées en backstage, dévoilées en quelques dizaines de minutes pour mettre en valeur des gestes précis, contrôlés et répétés. C’est avant tout du spectacle.
Mais, à mon sens, le véritable show, la vraie performance, c’est d’accueillir une cliente, avec ses qualités et ses défauts, ses envies et ses attentes, même celles qu’elle n’exprime pas. Et, en cinq minutes, cerner tout cela et y répondre, jouer les magiciens en provoquant son sourire dans le miroir à la fin de la prestation. Et ce n’est pas évident.
Redonner le sourire et confiance en elles
Tous les coiffeurs savent changer un look en coupant vingt centimètres de cheveux. Mais transformer une femme, juste en changeant les volumes de place, en coupant à peine, en restructurant une coupe, c’est de la prouesse. Nous ne sommes pas des artistes, nous sommes des prestataires de services qui faisons un travail d’artiste.
Le rôle du coiffeur relève de l’artisanat d’art. J’aime ce terme, qui désigne des ouvriers manuels qui produisent des choses utiles sortant de l’ordinaire. Car l’art, lui, avec un grand A, n’a pas besoin d’être utile, il se doit juste d’être spectaculaire. La coiffure, elle, se doit d’être esthétique, mais aussi utile pour celle qui va ressortir de votre salon.
Il n’y a pas de grands ou de petits coiffeurs. C’est la passion et l’exigence qui caractérise les meilleurs professionnels. Le plus grand coiffeur pour moi, c’est celui qui, tous les jours que Dieu fait, transforme ses clientes grâce à son savoir-faire, leur redonne le sourire et confiance en elles. Pour un amoureux de cette profession, coiffeur de salon, c’est le plus beau métier du monde…