AFP : La Chine est passée au 4e rang des destinations pour les cosmétiques français. Or, des entreprises internationales comme le japonais Shiseido ou le français L’Oréal ont déjà communiqué sur l'impact économique du coronavirus, cela vaut-il pour tout le secteur ?
Patrick O'Quin : A cette date, nous n'avons pas vu d'impact, mais évidemment on suit cela avec beaucoup d'attention. Des entreprises comme Shiseido et L’Oréal ont des caractéristiques particulières, car elles produisent en Asie, donc elles sont plus touchées, avec des fermetures d'usines. Mais nous avons des produits stockables, non périssables. Jusqu'à maintenant, les ports continuent à fonctionner, donc on peut continuer les expéditions. Toutefois, si cela dure, il est clair que cela se sentira.
Sur le nombre de touristes en France, il y a environ 2,5% de Chinois. Certes, ils dépensent peut-être plus que le touriste moyen, mais cela ne signifie pas que le commerce français va se retrouver en difficulté majeure. Nous sommes attentifs, mais nous ne sommes pas préoccupés à ce stade. Peut-être que dans une semaine, si l'on se rend compte que l'épidémie augmente, on révisera ce jugement.
Vous venez de publier les chiffres du secteur, qui devient, avec 16 milliards d'euros de produits vendus à l'étranger en 2019, le 2e exportateur en France, d'où vient cette bonne santé ?
Nous sommes 2e après l'aéronautique, ce qui est lié à notre croissance en Asie, avec des chiffres très bons en Chine et en Corée du Sud. Mais notre premier pays de destination reste l'Allemagne, et le 2e pays de destination est les États-Unis, avec 10% de croissance.
Cela veut dire que l'ensemble du monde continue à bien se porter. Les efforts de nos entreprises continuent à payer, pour tous types d'entreprises. Aujourd'hui, l'une des caractéristiques du secteur est que les très petites et les petites entreprises exportent, ce n'est pas uniquement les grands groupes.
Les grands groupes ont souvent une usine à proximité de leurs clients, car ils ont les moyens d'avoir plusieurs usines, alors que, quand vous êtes une TPE ou une PME, vous n'avez qu'une seule usine en France, et vous fournissez le monde entier à partir de cette usine.
Entre le coronavirus et le sujet des éventuelles taxes américaines sur certains produits, l'année 2020 pourrait toutefois connaître quelques nuages...
La rivalité États-Unis-Europe est sérieuse. Mais le sujet majeur pour nous aujourd'hui, qui était les rétorsions américaines contre la taxe Gafam, est reporté, puisque, en marge de Davos, les négociations ont repris dans le cadre de l'OCDE. A cette date, nous n'avons pas de raison concrète de nous inquiéter, d'autant moins que l'on a noté une vraie solidarité européenne à l'égard de la France, ainsi qu'une mobilisation du gouvernement français. Là aussi, aujourd'hui, nous sommes attentifs, mais pas préoccupés.
Globalement, nous restons quand même sur des tendances très positives. L'Europe représente 50% de nos exportations, avec 6% de croissance en 2019. Toute l'Europe représente le double de la Chine. En tout état de cause, la réputation de sécurité des produits français est vraiment un atout.
Source : AFP.
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