Émilie Bernage, une esthéticienne de 34 ans qui a ouvert un institut baptisé «Esthétiquement belle», il y a dix ans, s’opposait à la venue du salon de beauté itinérant. «Je suis d’ici, d’une famille connue localement, ma mère ayant été factrice et cela représente vraiment quelque chose pour moi que de tenir un commerce dans mon village. Or, quand j’ai appris la venue d’une esthéticienne ambulante une fois par semaine, je me suis dit que tout pouvait s’écrouler», explique-t-elle au journal local, l’Eveil de Pont-Audemer, cité par l’Actu.fr.
Elle décide alors de lancer une pétition sur Internet et elle récolte en 24 heures 172 signatures. «Quelques personnes que je connaissais l’ont signée mais bien d’autres m’ont aussi témoigné leur soutien et cela m’a beaucoup touchée», poursuit Émilie, qui finit ainsi par obtenir gain de cause. Le beauty truck ne passera pas par Quillebeuf-sur-Seine.
Sa propriétaire, Jessica Ribeiro, n’a pas voulu envenimer les choses. «Je suis venue le lundi 16 décembre, mais le maire de Quillebeuf m’a appelée le lendemain mardi 17 pour me dire que ma venue posait un problème à l’esthéticienne installée à Quillebeuf. Il n’est pas dans mon intention de faire des histoires, je préfère m’effacer», déclare l’esthéticienne.
Des charges peu élevées en camping-car

Simple querelle de clocher ? Pas seulement. Cette histoire montre aussi les contraintes qui pèsent sur l’exercice du métier d’esthéticienne à la campagne. La jeune entrepreneuse a pris des risques financiers en équipant son camping-car pour qu’il devienne opérationnel : «table de massage, lampe loupe, vapozone, salle de bains, chauffe-cire, espace manucure… , détaille-t-elle dans l’Eveil de Pont-Audemer.
Et pour se développer, la professionnelle ambulante a choisi de ne cibler qu’une certaine catégorie de clientèle : «les personnes isolées, âgées, vivant en milieu rural, ou celles qui n’ont pas toujours le temps de se rendre en institut de beauté», avec des tarifs moins élevés qu’en institut de beauté, compte tenu de ses faibles frais fixes.
Son arrivée pouvait donc nourrir les inquiétudes d’Émilie Bernage, qui doit payer chaque mois des charges plus lourdes pour son institut. Mais aussi celles du maire… Car l’ouverture de cet établissement, avec celle du salon de coiffure, serait la dernière création d’activité dans son village de 900 habitants.