Alors qu’il y a deux ans, on annonçait le triomphe des courts séjours, la clientèle, qui poursuit sa mutation en thalassothérapie, fait mentir les prévisions… En exclusivité pour Profession bien-être, la présidente de France Thalasso, Marie Perez Siscar, présente les derniers chiffres du secteur. Profession bien-être : Vous venez d’analyser les derniers chiffres de l’année 2019. Comment se porte la thalasso ?
Marie Perez Siscar : Plutôt bien ! Nous avons constaté une augmentation de 2,4% du nombre de curistes par établissement et une hausse de 2% de leur panier moyen.
Comment évoluent les taux de fréquentation selon les régions ?
En position de tête, la Méditerranée enregistre une augmentation de 10%, suivie par la Manche et la Bretagne, avec une croissance de 5%. Seule la région Atlantique accuse une perte de fréquentation de 4%. Mais cette perte n’a pas affecté leur chiffre d’affaires.
Comment expliquez-vous cette croissance ?
Par un renversement de tendance. Alors qu’il y a deux ans, tout le monde annonçait le triomphe des courts séjours, voici que les longs séjours retrouvent la faveur du public. Nous avons ainsi enregistré un recul de 0,5% des courts séjours, mais une augmentation de 7% des cures d’une semaine. C’est encore un frémissement, mais il se manifeste dans tous les centres. Et c’est de bon augure ! Car tous les directeurs de thalasso préfèrent garder leurs clients plus longtemps. Ne serait-ce que pour le résultat obtenu : un client satisfait est plus susceptible de revenir.
Et surtout, je pense que nous avons su communiquer de la bonne façon. Une étude de 2018 indiquait que 92% des Français estimaient que la thalassothérapie était bonne pour la santé. Les centres ont su se montrer à la hauteur. Pour une activité qui n’est pas délocalisable, les résultats sont encourageants. Nous pouvons nous permettre un cocorico.
La clientèle a-t-elle changé?
C’est clair. Notre clientèle historique, celle qui revenait chaque année a diminué, mais elle a été remplacée par une clientèle plus jeune, plus exigeante, qui sait mieux ce qu’elle recherche. Je ne suis pas arrivée à définir si la montée des maladies de civilisation, comme le burn out, le stress ou les troubles du sommeil sont à l’origine de ce regain d’intérêt pour les cures complètes, mais il est facile de comprendre qu’une semaine entière de soins sera plus performante qu’un séjour de deux jours.
Autre tendance : la proportion hommes-femmes s’équilibre peu à peu. Il y a cinq ans, nous en étions à 75% de femmes pour 25% d’hommes. En 2019, nous avons accueilli 69% de femmes et 31% d’hommes.
La demande de soins a-t-elle changé?
Les clients viennent avant tout pour une coupure dans leur quotidien, histoire de reprendre le contrôle de leur forme. Nous avons constaté une demande pour une alimentation plus simple, réalisée avec des produits locaux. Et j’encourage nos adhérents à conclure des accords avec des producteurs locaux, qu’il s’agisse de légumes ou de pain.
En matière de soins, les clients reviennent aux soins fondamentaux de thalassothérapie. Ils sont de plus en plus informés, et donc recherchent avant tout une performance. D’où l’importance d’un personnel qualifié.
Justement, à propos de personnel, comment se passe le recrutement ? Le secteur de la thalasso est-il à même d’embaucher?
Oui ! En 2019, la thalasso s’est bougée : elle a embauché. On note, en moyenne, une augmentation des effectifs de 4,4%. Le succès du secteur dépend de la compétence du personnel. Grâce à la formation professionnelle, nous avons enregistré une montée en performance. Et pas seulement sur le plan purement technique.
Le savoir-être est aujourd’hui un élément important. A titre personnel, j’ai fait le choix dans mon établissement, d’avoir peu de machines et de miser sur le manuel. C’est vous dire à quel point la qualification du personnel est importante. Mais aussi son moral. Les directeurs de centres le savent. Et franchement, à quelques rares exceptions près, ils prennent vraiment soin de leur personnel.
La formation est certes coûteuse, mais une bonne équipe entraîne la fidélisation des clients. Dépenser en formation et entretenir le moral du personnel s’avère donc payant. Et ce n’est pas mon seul ressenti. En échangeant avec d’autres professionnels lors de notre assemblée générale, j’ai pu constater que la majorité des dirigeants en étaient conscients.
Propos recueillis par Siska von Saxenburg.