En matière de cosmétiques, un effet indésirable est défini par l’agence des médicaments (ANSM) comme «une réaction nocive pour la santé humaine imputable à l’utilisation normale ou raisonnablement prévisible d’un produit». Cette réaction peut donc se produire à des quantités normalement utilisées dans le cadre d’une coloration.
Cet effet indésirable est qualifié de grave s’il entraîne une incapacité fonctionnelle temporaire ou permanente, un handicap, une hospitalisation, des anomalies congénitales, un risque vital immédiat ou un décès. Tout comme les médicaments, les cas de «mésusage» sont aussi répertoriés : il s’agit d’une utilisation «non conforme à la destination du produit, à son usage normal ou raisonnablement prévisible ou à son mode d’emploi ou aux précautions particulières d’emploi».
En coiffure, les teintures capillaires sont en première ligne et méritent une vigilance accrue de la part des professionnels. Les effets indésirables observés peuvent affecter le cuir chevelu, mais aussi la nuque, la face antérieure du cou, le front et les régions périorbitaires, ainsi que les joues. Selon une récente revue de littérature*, les allergènes les plus cités pour les teintures capillaires sont la para-phénylènediamine (PPD).
Des réactions dans les 2 à 3 jours
On estime que 70 à 80 % des colorations capillaires en contiennent, alors que la prévalence de l’allergie à la PPD en Europe touche aujourd’hui 4% des personnes qui ont recours à ces produits, en majorité des femmes. Les effets indésirables ne sont pas forcément immédiats. «Les réactions allergiques les plus fréquentes peuvent apparaître après plusieurs mois, voire plusieurs années d’utilisation du produit colorant», alors qu’il n’y avait aucun problème jusque-là, relève l’étude.
Quand elles surviennent, ces réactions se manifestent alors dans les 48 à 72 heures après l’application de la coloration capillaire. «Les patients sensibilisés développent un eczéma du cuir chevelu avec sensation de prurit intense. La dermatite se caractérise par un érythème aux contours émiettés souvent accompagné d’œdème et de suintements, parfois de vésicules», détaillent les dermatologues.

Ces lésions sont localisées sont le front, les tempes, la nuque et les régions rétro-auriculaires. Elles peuvent parfois s’étendre au cou, aux paupières, au décolleté et aux mains (si les colorations ont été réalisées par les clients). «L’œdème des paupières est souvent considérable et peut passer pour un urticaire, voire un érysipèle », c’est-à-dire une infection aiguë de la peau provoquée par un streptocoque, notent les chercheurs.
Autre type de réaction, mais plus rare : «les allergies immédiates de type I, immunoglobulines E (IgE) dépendantes, selon la classification de Gell et Coombs». Les signes cliniques sont l’urticaire et une hypotension artérielle. Des complications cardiovasculaires et respiratoires jusqu’au choc anaphylactique peuvent parfois survenir, avertissent les auteurs, qui ajoutent que les deux réactions, immédiate et retardée, ne sont exclusives l’une de l’autre : elles peuvent se déclarer chez un même patient après une coloration.
Source : Tennstedt D., Herman A., Lachapelle J-M., Annales de dermatologie et de vénéréologie, volume 145, numéros 8-9, août-septembre 2018, p. 521-531.